A l’heure du retour la nuit guidait nos pas aventureux.

Rien en ces temps lointains n’osait plus affronter l’effroi

Et les colères du monde avaient épuisé la terre.

Nous fûmes des guerriers incandescents quand le ciel s’affaissa.

 

Les années s’écoulèrent ; nous songions, au bord du ruisseau

Aux lumières d’autrefois, là où résonnaient les rires des enfants.

Pourtant nous étions emportés par le gris des murs

Assourdis par le bruit des combats, par les éclats des cris affamés.

Solitaire et présent, le dieu vigilant connaît la réponse.

Il a découvert depuis longtemps les cailloux du torrent usés par la pente

Les clairières dissimulées aux regards des plus audacieux

A tous ceux qui, ici, demeurent encore, paisibles et heureux sans doute.

 

Nous ne savions pas ce que notre pays, jusqu’à ses plus hautes cimes,

Gardait en son cœur pour retenir ses enfants aux moissons.

Nous ignorions que ceux-ci auraient pu s’aimer sans que l’épervier se fracasse dans l’orage

Qu’ils auraient pu, au chant du loriot, courir vers la rive.

Ton sourire fut un premier matin, encore incertain.

Les arbres pliés par le vent s’étaient rebellés

Tu embrassas l’écorce du hêtre, ébloui par l’éclair.

La jeune fille marcha sans peur jusqu’à la porte du jardin.

D’autres heures passèrent, d’autres vents se levèrent,

D’autres pays amoncelèrent à leur tour les fureurs de la guerre.

A l’opposé : il n’y a pas de séparation de la naissance à la mort.

L’air ne se divise pas davantage que le cœur et que la chanson de l’enfant, le soir venu.

Nous savions que l’oubli est une illusion sans clarté.

Le croyons-nous encore ! quand les reflets de la vie

Semblaient l’avoir abattue, qu’ils prétendaient être plus vrais que la lumière

Et que seuls, nous imaginions l’impossible fracture de l’étreinte.

 

Tandis que l’infini d’un sourire était le seul Midi qui guidait nos pas

C’est une ombre qui veillait sur le présent et qui inventait les promesses à venir.

Unique est l’ombre du sourire qui ne s’efface jamais.

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